Communiqué concernant la classification des autres provinces sinistrées en « zones sinistrées » suite aux perturbations météorologiques exceptionnelles
La Coalition civile pour la montagne (CCM) suit avec une vive préoccupation les répercussions des perturbations météorologiques exceptionnelles qu’a connues le Royaume, et les inondations, glissements de terrain et isolements de hameaux et villages entiers qui en ont résulté, ainsi que les dommages subis par les habitations, les infrastructures et les moyens de subsistance, notamment dans les espaces montagnards où les effets des catastrophes sont amplifiés par la fragilité du relief, la faiblesse des voies d’accès et la dispersion des douars.
Tout en saluant la décision de la Présidence du gouvernement de déclarer l’état de catastrophe et de classer certaines des provinces les plus touchées en « zones sinistrées », et d’adopter un programme d’aide et de soutien doté d’un budget conséquent — en tant que pas positif vers l’activation des mécanismes d’indemnisation, de réparation des préjudices et de solidarité nationale — la Coalition exprime, en revanche, sa vive surprise et son rejet de la logique d’exclusion qui frappe des provinces montagneuses pourtant sinistrées, telles que Taounate, Chefchaouen, Al Hoceïma, Ouezzane, Taza et d’autres communes, malgré les dommages considérables qu’elles ont subis sur le terrain : effondrements de routes et de pistes rurales, interruption de services essentiels, dégradation d’habitations, glissements de terrain, et pertes agricoles et sociales directes.
La Coalition considère que cette exclusion constitue une injustice et une marginalisation qui porte atteinte au principe d’égalité dans le bénéfice des mécanismes d’équité et d’indemnisation, et soulève des questions légitimes quant aux critères de classification et aux limites de la transparence dans la gestion de la décision publique liée aux catastrophes. Car la catastrophe ne connaît pas les frontières administratives, et la justice spatiale exige que le critère retenu soit l’ampleur du préjudice subi et l’incapacité des mesures ordinaires à y faire face, et non des considérations territoriales étroites.
La Coalition rappelle également la nécessité de respecter les références juridiques nationales et internationales encadrant la gestion des catastrophes, notamment les dispositions du régime de couverture des conséquences des événements catastrophiques, ainsi que les principes de gouvernance préventive et de renforcement de la résilience tels qu’ils sont affirmés par les cadres internationaux de réduction des risques de catastrophes.
Sur cette base, la Coalition appelle à une correction urgente à travers :
- L’émission d’une décision complémentaire intégrant les provinces montagneuses sinistrées dans la liste des zones déclarées sinistrées ;
- La réalisation d’une évaluation de terrain complète et immédiate des pertes, avec la participation des secteurs concernés et des acteurs locaux ;
- Le désenclavement et la réhabilitation des pistes, routes et ouvrages endommagés, ainsi que la garantie de la continuité des services essentiels ;
- L’apport d’un soutien direct et d’une indemnisation équitable aux familles sinistrées et aux agriculteurs (hébergement temporaire, aides de première nécessité, réparation explicite des préjudices) ;
- La garantie d’un accès sanitaire d’urgence aux zones enclavées, notamment au profit des malades et des personnes atteintes de maladies chroniques ;
- L’adoption de procédures d’indemnisation transparentes et annoncées, assorties de délais et de critères clairs, et de mécanismes de recours effectifs pour limiter l’exclusion et la bureaucratie ;
- L’adoption d’une approche de « reconstruire en mieux » dans l’espace montagnard, de nature à traiter les causes de la fragilité structurelle et à renforcer la prévention et la préparation.
En conclusion, la Coalition appelle l’ensemble des Marocains à davantage de solidarité avec toutes les régions sinistrées, tout en soulignant que la véritable solidarité nationale ne peut être complète sans une politique officielle durable, et que le traitement des effets des catastrophes doit être équitable et inclusif, afin de renforcer la confiance dans la décision publique et de consacrer la justice spatiale comme condition indispensable à la stabilité, au développement et à la durabilité.
14 février 2026
La Coalition civile pour la montagne
