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Appel national pour la justice spatiale et la garantie de la cohésion sociale

Appel national pour la justice spatiale et la garantie de la cohésion sociale – 12 octobre 2025 a Boulemane

Nous lançons cet appel en réponse au Discours Royal prononcé à l’occasion de l’ouverture de la session législative d’automne du Parlement dans ses deux chambres — un discours qui a accordé une place importante aux questions de justice sociale et spatiale, et qui a appelé à revoir les politiques de développement des régions montagneuses et des oasis, en tant qu’espaces vitaux qui continuent de souffrir de disparités et de fragilité.

Ce discours constitue un tournant décisif pour réordonner les priorités du développement au Maroc, et ouvre un nouveau débat national sur la relation de l’État avec les espaces marginalisés et sur la nécessité d’élaborer une nouvelle génération de programmes territoriaux équitables.

Convaincus, au sein de la Coalition civile pour la montagne, que la cause de la montagne n’est pas l’affaire d’une catégorie ou d’un espace limité, mais un enjeu national qui engage l’avenir de la justice au Maroc, nous adressons cet appel à toutes les institutions et à tous les acteurs pour lancer une nouvelle phase d’action concrète sur le terrain, et non se contenter de renouveler les intentions et les ambitions.

Cet appel intervient dans un moment délicat où les manifestations de tension et de colère populaire s’intensifient en raison de l’accumulation des dysfonctionnements du développement et de l’absence d’équité dans la répartition des richesses et l’égalité des chances. Il accompagne les signaux explicites du Discours Royal quant à la nécessité d’opérer une transformation dans les modes de pensée et d’action, d’adopter une politique intégrée tenant compte des spécificités territoriales des régions montagneuses et rétablissant l’équilibre entre tous les espaces.

Nous estimons, au sein de la Coalition civile pour la montagne, que cet appel royal constitue un cadre politique contraignant pour tous les acteurs, mais qu’il nécessite des contenus législatifs et exécutifs clairs garantissant sa continuité et son efficacité. C’est pourquoi nous adressons cet appel au Parlement, au gouvernement, aux institutions de l’État, à la société civile et à toutes les forces vives pour :

Premièrement : Établir un cadre juridique contraignant pour la justice spatiale dans les montagnes

Nous réclamons l’adoption d’un cadre législatif spécifique aux régions montagneuses, définissant avec précision l’espace montagnard et obligeant l’État et les collectivités territoriales à élaborer des politiques de développement respectueuses de ses spécificités environnementales, sociales, économiques et culturelles, avec la création d’un organisme national pour le développement des régions montagneuses, d’un fonds de financement dédié, et l’adoption d’indicateurs précis pour mesurer l’impact des programmes publics sur la vie des populations.

Deuxièmement : Traduire la justice spatiale en actes sociaux et humains concrets

La justice spatiale ne se réalise pas uniquement par la distribution de projets, mais par la répartition du pouvoir et des opportunités et la garantie de la participation des citoyens à la prise de décision locale. C’est pourquoi nous appelons à une méthodologie véritablement participative dans l’élaboration des nouveaux programmes de développement, garantissant la présence des acteurs locaux, de la société civile et des jeunes, et s’appuyant sur un diagnostic de terrain réaliste plutôt que sur des approches centralisées toutes faites.

Troisièmement : Restaurer la confiance et se réconcilier avec les espaces fragiles

La restauration de la confiance entre l’État et la société passe par une écoute sérieuse et une réponse responsable aux revendications sociales et des jeunes, qui expriment une crise profonde dans la distribution des opportunités et de la dignité.

Tout en saluant la référence royale aux « régions les plus fragiles », nous considérons que l’équité ne pourra être atteinte sans traitement des dossiers en suspens qui pèsent encore sur la mémoire de ces régions, et sans mesures visant à réparer le préjudice subi par les espaces marginalisés et leurs habitants. En tête de ces mesures :

  • La libération des détenus du mouvement de protestation des montagnes du Rif et de tous les détenus dans le cadre de manifestations sociales pacifiques.
  • La réparation du préjudice subi par les victimes du séisme du Haut Atlas, à travers une révision globale de la politique de reconstruction qui n’a pas encore concerné l’ensemble des sinistrés et n’a pas encore réalisé la justice et la dignité souhaitées, ni mis en œuvre les principes énoncés dans les orientations royales au lendemain du séisme.

Ces mesures ne sont pas seulement des revendications de droits, mais des conditions nécessaires pour incarner une volonté réelle de réconciliation nationale et construire la confiance en liant la justice spatiale à la justice sociale.

Quatrièmement : Du discours à l’action

Le Discours Royal a clairement indiqué que « la justice sociale et spatiale n’est pas un slogan conjoncturel, mais une orientation stratégique ». C’est dans cet esprit que la Coalition civile pour la montagne lance cet appel comme une mobilisation nationale collective pour traduire cette orientation en politiques concrètes, garantissant l’égalité d’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau, aux infrastructures de base et aux opportunités d’emploi dans toutes les régions du Maroc, y compris les montagnes qui sont restées pendant des décennies en marge.

Nous adressons cet appel à :

Le Parlement : pour faire de la loi sur la montagne une priorité législative urgente.

Le gouvernement : pour mettre en place des programmes réalistes conformes aux orientations royales et aux demandes des populations.

Les régions et les collectivités territoriales : pour intégrer la justice spatiale dans leurs plans et programmes.

La société civile et les médias : pour encadrer le débat public et accompagner la mise en œuvre par le suivi et la reddition des comptes.

Il est grand temps de passer du temps des discours au temps des actes, et des promesses de justice à sa pratique quotidienne sur le terrain. La justice pour la montagne est la justice pour le Maroc tout entier, et l’écoute des jeunes est la véritable garantie de la stabilité et de l’avenir du pays.

 

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